Zodiac

Publié le par Spooky

[réédition]



Avant d’être un film, Zodiac était le pseudonyme auto-attribué par un tueur en série qui sévit en Californie de 1966 à 1978. Une sorte de superstar, chouchou des medias de l’époque. Son histoire a d’ailleurs inspiré la trame du premier Inspecteur Harry, réalisé par Don Siegel, en 1972, avec Clint Eastwood dans le rôle-titre.

Bien des films, des livres ont suivi, mais jusqu’à présent peu de réalisateurs se sont réellement penchés sur cette histoire vraie. Le tueur agissait à visage découvert le plus souvent, mais il n’a pas laissé beaucoup de survivants pour dresser des portraits-robots. Le tueur du Zodiaque n’a jamais été retrouvé, en tous les cas jamais identifié formellement. Il est accusé d'avoir commis entre 37 et 200 meurtres, tout en restant dans un rayon de 200 kilomètres autour de San Francisco. Il ridiculisa les forces de l'ordre au rythme des nombreux messages qu'il envoyait, messages codés mêlant symboles grecs, codes morses, caractères alphabétiques, signes astrologiques et signaux sémaphoriques. A l’époque le Zodiac a semé la terreur sur l’Etat de Californie, laissant planer pendant longtemps la menace d’abattre tous les occupants juvéniles d’un car scolaire, par exemple. Un croquemitaine des temps modernes, en quelque sorte. Mais ce qui en fait, incontestablement, l’une des figures les plus marquantes de l’histoire contemporaine des Etats-Unis, c’est son rayonnement médiatique. Jamais on n’aura autant parlé d’un tueur en série dans les journaux écrits ou télévisés. Jamais on ne manipula autant médias et autorités, jusqu’à la fin.

Le film est inspiré par deux romans écrits par Robert Graysmith, à l’époque caricaturiste au San Francisco Chronicle, l’un des journaux utilisés par Zodiac pour asseoir sa communication. Robert Graysmith est d’ailleurs l’un des personnages principaux du film, en compagnie d’un de ses collègues journalistes, et de deux flics qui ont longtemps enquêté sur l’affaire. Quatre personnes réelles dont la vie restera à jamais marquée par cette affaire, cet échec, mais surtout cette obsession. Cela brisera même la vie de famille de Graysmith. Cette obsession, David Fincher, le réalisateur surdoué de Se7en, The Game, Fight Club ou encore Panic Room, l’a expérimentée et ressentie puisqu’il a travaillé avec certains des protagonistes, a consulté plus de 10 000 pages de rapports, dossiers, interviewant les familles des victimes, celle de l’un des principaux suspects… Un souci de l’exactitude, de la précision, qui participe à ce climat d’obsession. Le film court sur cinq décennies, de 1969, débuts avoués du Zodiac, jusqu’à 2004, au moment où le dossier devait être rouvert, un suspect ayant été retrouvé. Hélas, celui-ci mourut la veille du procès, annulant toute action judiciaire.

C’est donc à un personnage crucial dans l’histoire récente des Etats-Unis que s’est attaché Fincher. Il a souhaité un maximum de sobriété sur sa production, prenant des acteurs solides, prônant un aspect visuel aussi neutre que possible… Son film est proche du documentaire, ce qui lui confère pas mal de longueurs. C’est d’ailleurs là le reproche majeur que l’on pourrait faire au film, tant le reste est d’une sobriété irréprochable. Pas de filtres pastel ou de décors cradingues comme dans Se7en, pas d’effets de champ/contre-champ comme dans la plupart des films parlant de tueurs en série, pas non plus d’expérimentation dans les cadrages, le montage… Zodiac est d’un classicisme absolu, presque spartiate.

Dans le rôle du cartoonist hyperactif, on retrouve Jake Gyllenhaal, encensé pour Brokeback Mountain, Jarhead et Donnie Darko. Les deux flics sont incarnés par Mark Ruffalo (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) et Anthony Edwards (ancien Dr Mark Greene dans Urgences). A noter que ce dernier est absolument méconnaissable, tant son jeu est différent… sa perruque aussi. Le rôle du journaliste compulsif Paul Avery revient à Robert Downey Jr, vu dans A Scanner darkly, Kiss Kiss Bang Bang entre autres. Qui d’autre d’ailleurs aurait pu jouer ce rôle d’un journaliste complètement perturbé, dont l’obsession le détruira mentalement et physiquement ? C’est définitivement l’un des meilleurs acteurs de sa génération.

Je l’ai dit, le film souffre de longueurs, de lourdeurs… Mais pour le reste, c’est un très bon film, qui ravira les amateurs du genre, à condition qu’ils ne s’attendent pas à des effets tapageurs, loin de là.

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