Je suis une légende - Richard Matheson

Publié le par Spooky

Retour sur l'un des monuments de la littérature fantastique, remis au goût du jour avec la sortie d'un blockbuster américain au cinéma.
 

1954. Le monde est en pleine Guerre froide. La peur de l'autre, le rouge, celui d'en face, alimente la chronique, mais aussi les arts. Et si un jour, l'un des deux appuyait sur le bouton ? Que se passerait-il après ? Cette question, Richard Matheson, jeune écrivain de 28 ans, se la pose. Après son Journal d'un monstre, qui l'avait propulsé sur le devant de la scène, il propose un nouveau récit, intitulé I am Legend, qui va à nouveau remporter un vif succès.

Ce court (moins de 200 pages en version poche) roman nous conte le destin de Robert Neville, un homme qui se trouve être - d'après ce qu'il pense- le dernier sur Terre après une épidémie qui a décimé l'immense majorité de ses congénères. Les survivants ont été transformés en vampires, assoiffés de sang et qui assaillent toutes les nuits sa maison barricadée. Le mérite de matheson est d'avoir placé le personnage de Neville au centre de son récit, laissant de côté tout le decorum post-apocalyptique, ainsi que les aspects gore du comportement des vampires. Car il s'agit bien de vampires pour le dernier homme : ils se nourrissent de sang, ne sortent que la nuit et redoutent l'ail, la croix et meurent quand on leur plante un épieu dans le coeur. La panoplie, à peu de choses près, s'arrête là. Pas de canines apparentes, pas de transformations en chauves-souris, pas de seigneur ténébreux enfoui sous une grande cape noire, même si Neville lit Dracula. C'est bien la psychologie et la vie quotidienne du personnage qui nous est présentée, avec sa peur obsessionnelle, ses corvées pour sécuriser sa maison, sa besogne quotidienne d'exécution sommaire (pieu dans le coeur) des monstres qu'il trouve dans le coma dans la journée.

L'action prend place en 1976, après qu'une bombe ait apparemment provoqué l'épidémie, à Los Angeles. Par deux fois, Neville pense avoir trouvé un autre être non infecté, et cela rallume l'espoir en lui, alors qu'il pense à plusieurs reprises à succomber à l'appel lancinant d'un ancien collègue qui l'appelle toutes les nuits depuis son perron... Après une longue période où il ne fait presque que subir, Neville tente de réagir, en faisant des recherches sur les origines biologiques et le comportement de ce qu'il pense être un virus. Il se penche sur les éléments mythiques (ail, croix...), essaie de faire des expériences sur une femelle vampire... mais ce n'est pas facile, car il n'est ni biologiste ni médecin (en fait, on ne saura jamais quel était son métier "d'avant"). C'est juste un homme. Mais peut-être le dernier.

Le roman est tétanisant, mené à un rythme incroyablement prenant. Mais ce qui en fait le sel ultime, c'est l'idée qui inspire le titre. Un renversement de posture énorme, qui aujourd'hui n'est toujours pas rendu avec toute la fidélité qu'il mérite dans les différentes adaptations que Je suis une légende a connues.


EDIT : Retrouvez cette chronique (et bien d'autres !!) sur le site Vampirisme.com

Publié dans Livres

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pierig 03/01/2008 12:05

J'ai vu l'affiche au ciné . . . Je suis pas attiré par le vampirisme en général mais ta note donne clairement envie de lire ce livre! :-)

Stéph 02/01/2008 15:54

Oui c'est vraiment un bouquin prenant, vif, court mais très efficace. C'est pourquoi j'ai eu très peur quand j'ai lu l'annonce de l'adaptation avec le Prince de Bel-Air dans le rôle de Neville... Finalement je suis allé le voir malgré mon appréhension et ma foi j'ai plutôt bien fait. Mais ma préférence reste largement au roman.