Histoire de Lisey

Publié le par Spooky



Lisey, petite Lisey... Miralba, arRIMme le BARda, quand faut y aller faut y aller...

Voici un exemple du charabia intime que l'on peut trouver dans le dernier roman de Stephen King. Oh, bien sûr, quand je parle de "charabia", ce n'est pas dans son sens dédaigneux. Non en fait, dans tous les couples, dans toutes les familles, il y a des expressions, des raccourcis textuels qui n'appartiennent qu'à ces cellules familiales. On en a tous, je pense. Avec mon père, par exemple, nous étions très intéressés par la géographie, et des expressions comme "Eh bien quoi ?" devenaient "Québécois ?" Ou encore "il ne voit rien", "Ivoirien", et ainsi de suite.
Ici l'Horrorus Rex de la littérature mondiale base en partie son roman sur ces expressions, lesquelles sont le fondement du couple de Lisa Debusher et Scott Landon. Scott Landon, écrivain à succès, que sa femme, qu'il surnommait donc Lisey, a perdu deux ans avant le début de l'histoire. Emporté par ce qui ressemblait à une grippe aviaire, mais dont l'origine réelle est bien différente. Car Scott avait découvert, aux heures les plus sombres de son enfance battue par son père, l'existence d'un endroit magique où lui et son grand frère pouvaient se replier. Un endroit magique, mais pas forcément toujours sécurisant. Un endroit où partent parfois les consciences, celles de personnes devenues folles, mais aussi un repli physique lorsque votre père se mettait à hurler qu'il allait vous couper...
Cet endroit, Lisey l'a visité à plusieurs reprises, mais ne l'a plus fréquenté depuis le décès de son mari. Pourtant elle va être obligée de retourner y faire un tour, mais aussi de se replonger dans ses souvenirs, car surgit soudain dans sa vie un espèce de barjot qui veut à tout prix récupérer les notes posthumes de Scott. Curieusement, c'est avec l'aide de l'une de ses soeurs, officiellement frappadingue, qu'elle pourra trouver la solution, et peut-être la paix.
Voilà un beau résumé, pour un roman un peu étrange. Certes, King y traite à nouveau de la condition d'écrivain, le sujet qu'il connaît le mieux et ne cesse de défricher au fil de ses romans ; mais par ailleurs il revient à l'une de ses sources d'inspiration, celle de l'enfance. Et il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il traite de ce qu'il connaît bien. Car ce roman est l'occasion de placer de très belles idées sur le processus de création, lequel prend ses sources à la fois dans l'imaginaire, et dans les peurs de l'enfance, lesquels sont souvent intimement liés. Là encore, le roman est tout en puissance évocatrice, et son propos fait mouche. Malheureusement l'auteur ne peut pas s'empêcher, une fois de plus, de se regarder écrire, d'en faire des tonnes sur le charabia intime, de tirer en longueur sur des éléments finalement sans importance. Mais il y a aussi une règle à tenir quand on lit un Stephen King, c'est de ne pas lire ça par petits morceaux, par exemple pendant votre trajet de 7 minutes en RER. Cela vous gâche totalement le plaisir.

Ce n'est pas son meilleur roman, loin de là, et le dernier de ses vrais bons romans commence à dater (personnellement je citerais La petite fille qui aimait Tom Gordon, publié en 1999). Mais il y a toujours des vraies bonnes choses chez Stephen King.

Pour les curieux, je vous recommande le site officiel de l'écrivain, à la fois sobre et assez complet, un site français très intéressant, et ma propre page dédiée à l'auteur.

Publié dans Livres

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