Mary & Max

Publié le par Spooky



Votre serviteur a eu la chance d'être invité, avec une cinquantaine d'autres blogueurs, à la projection privée du film Mary & Max, qui sort sur nos écrans le 30 septembre. La chance fut doublement au rendez-vous puisque le film est vraiment très bon, à ranger parmi les meilleurs long-métrages d'animation de ces dernières années. Et cerise sur le gâteau, le réalisateur (australien) du film, Adam Elliott, est venu nous en parler à l'issue de la projection.

Mais parlons du film, puisqu'après tout c'est le sujet de la présente note.
Mary and Max est une histoire d'amitié entre deux personnages que tout oppose : Mary, une petite fille de huit ans habitant la banlieue de Melbourne, et Max un vieux monsieur vivant à New-York, souffrant de la maladie d'Asperger (forme d'autisme). Ces deux êtres solitaires vont s'allier d'amitié via une correspondance sur plus de vingt ans, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent.

Je crois, sans exagérer, que tout m'a plu dans ce film.

D'abord, les personnages. Ils sont tous très bien écrits, avec des caractères et des faiblesses (surtout des faiblesses !) à la fois crédibles et très différents. Mary et Max sont tous les deux des asociaux, mais ils le vivent de façon très différente, et leur côté paria n'ont pas forcément la mêm origine. Adam Elliott prend le temps de bien les présenter, au fil du temps, mais aussi via l'"excuse" de la présentation par correspondance. Ainsi nous avons une idée de la personnalité des deux personnages, mais aussi de la façon dont EUX se perçoivent. Très malin. Autour d'eux gravitent des personnages secondaires inoubliables, comme la mère de Mary, accro au sherry (voir image ci-dessous), son poulet domestique ou la voisine à moitié miro de Max. Tous sont traités avec une énorme tendresse, on sent bien que le réalisateur-concepteur-scénariste les a choyés. Il est fort possible d'ailleurs qu'il s'agisse de personnages de son entourage. On se prend bien vite d'amitié pour Mary, petite fille au physique un peu ingrat, souffre-douleur de ses camarades  de classe, et pour Max, qui suit des séances de thérapie pour  hyperphages et de psychanalyse avec un marmonneux psychanalyste... Des personnages hauts en couleurs donc, qui évoluent dans des décors volontairement tristes, en tons de gris pour Max, et en sépia pour Mary. Mais les cadeaux qu'ils vont mutuellement s'envoyer par la Poste vont égayer leurs quotidiens, et se matérialiser par des touches de couleurs aussi discrètes qu'efficaces. C'est l'une des astuces d'Adam Elliott, au milieu de centaines d'autres. Il y a presque une idée par seconde dans ce film, je n'avais plus vu ça depuis Amélie Poulain... Soit le cadrage est audacieux, soit l'histoire prend un tournant inattendu, soit un nouvel élément vient changer l'équation de l'intrigue. Le film m'a étonné quasiment de bout en bout, et jusqu'à la fin, qui en surprendra plus d'un...
En plus d'idées, le film fourmille de clins d'oeil, pas tous décelables au premier visionnage, ni au second d'ailleurs. Un blogueur à côté de moi a par exemple relevé une pierre tombale portant le nom du réalisateur lors d'une scène très triste dans le cimetière...
Le film baigne dans une ambiance musicale extrêmement bien choisie, et j'apprécie particulièrement le score attaché à Mary, délicieuse mélodie symphonique dont j'aimerais beaucoup retrouver les références...

Je suis venu à la séance sans rien savoir du film, afin de ne subir aucune influence, mis à part le commentaire de mon hôte, Vincent : "Je pense que ça va te plaire". Il ne s'est pas trompé. Certains trouvent le film noir, très noir. Ca nous parle de hot-dogs au chocolat, de poissons qui fument, mais aussi et surtout de la vie et sa compagne indéfectible, la mort. A ce titre, certaines séquences peuvent paraître assez cruelles, mais personnellement cela ne m'a pas gêné. La disparition d'un proche, d'un animal familier, sont des évènements qui jalonnent une vie, et on ne peut rien y faire, mis à part les accepter et tenter d'aller de l'avant. Les coups de blues aussi. Ca fait partie de la vie. En cela le film est très réaliste, même s'il baigne dans une ambiance parfois un peu loufoque, mais sans en rajouter.
Une bonne partie du métrage est contée par une voix off, celle de Barry Humphries, vétéran australien qui régale les oreilles avec sa voix traînante de grand-père. Les rôles-titres sont tenus vocalement par Toni Collette (Muriel) et Philip Seymour Hoffmann (Truman Capote), qui amènent des caractères bien différents à nos deux protagonistes.

Comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessous, les images sont léchées, très bien éclairées et photographiées, on sent que le travail derrière a été monstrueux. Normal, Adam Elliott vient d'y consacrer 5 ans. Eh oui, cinq années à animer des personnages de plasticine (pâte à modeler si vous préférez), au rythme de 5 secondes de film par animateur et par jour de production. Il y en a qui auraient laissé tomber pour moins que ça...  pas l'équipe de 50 personnes attachée au projet, qui a tout donné pour nous livrer un petit chef-d'oeuvre... Visuellement Elliott s'est inspiré des travaux photo de Diane Arbus, aujourd'hui disparue mais à laquelle est rendu hommage par l'intermédiaire d'un personnage apparaissant brièvement à l'écran au début. 133 décors différents ont été créés pour le film, entre New York et une petite ville d'Australie. A noter que la machine à écrire Underwood miniature de Max est en état de marche. On pourrait citer des chiffres à l'infini, mais sachez que des milliers d'accessoires miniatures ont été nécessaires à la production du film. 7 800 muffins ont été consommés par l'équipe du film (dont 5 326 par le réalisateur).

Le sujet principal du film, la différence, est traité avec compassion, humour et compassion, comme le disent certains articles. Et c'est vrai. Mais ça parle aussi d'amitié, d'autisme, de taxidermie, de psychiatrie, d'alcoolisme, d'origine des bébés, d'obésité, de différences sexuelles et religieuses, d'agoraphobie... Et de Nana Mouskouri ! Non je plaisante, mais le personnage de Mary a été inspiré par la chanteuse d'origine grecque, et aussi par un canard... pour la démarche ! Le film s'ouvre sur cette note "Inspiré d'une histoire vraie" : Adam Elliott a en fait puisé l'idée de départ dans la correspondance qu'il entretient depuis vingt ans avec un home d'âge mûr, juif new-yorkais. Le film est donc un hommage à cette amitié à travers les océans et les différences culturelles.

Filez voir Max & Mary dès le 30 septembre !


La bande-annonce.

Merci à Vincent pour l'invitation ;)

Spooky.








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Pierre 11/11/2010 12:26



ca y est je suis sur ton nouveau blog! et la je peux dire que ce film que j'attendais avec impatience, m'a quand même décu dans le sens ou ca ma filait le bourdon après; J'étais un peu démoralisé
après, c'est d'une tristesse désolante, bien que l'histoire et le principes soient excellent, d'ailleurs d'une histoire vraie apparament, mais bon ca n'empêche que j'avais un peu envie de me
tirer une balle dans la tête après! et j'ai cru que j'arriverai à m'attacher aux style des personnages, la façon dont ils sont modelés, et ba pas vraiment. Mr j'ai la maladie du Poireau me
dégoute dailleurs; enfin bref, la je ne peux pas te suivre dans tes goûts! Je n'ai malheureusement pas accroché!



Spooky 23/08/2012 11:27



Ca arrive :)



Helen Sandler 05/10/2009 22:26


Hello. australienne vivant a paris, j'ai adore ce film. Vous y parlez de Ms Mouskouri, tres connue en Australie. L'auteur du film a-t-il dit que Mary est inspiree de Nana Mouskouri? En tout cas, la
musique accompagnant la scene du "suicide" est interpretee par la chanteuse grecque. Il s'agit de The Humming Chorus. Best. Helen


pierig 25/09/2009 17:10


Ah ben là tu me donnes carrément envie de retourner au cinéma. :)