Slumdog Millionaire

Publié le par Spooky


Au départ je ne voulais pas voir ce film. J'en avais marre de l'imagerie kitsch que l'on accole aux Indiens, et qu'ils se donnent eux-mêmes. Je trouvais le "buzz" autour du film trop beau pour être vrai. j'ai tendance à me méfier des succès de bobos, peut-être par crainte d'en devenir un moi-même...


Et puis, petit à petit, j'ai lu quelques critiques par-ci par-là. En lisant entre les lignes, j'ai cru comprendre que le film était beaucoup plus fin qu'il ne semblait de prime abord. C'est vrai, je l'avoue, je suis un gros amateur des films de Danny Boyle. J'adore 28 jours plus tard, j'aime bien Sunshine, Trainspotting, La Plage, Petits meurtres entre amis, un peu moins Une vie moins ordinaire et je n'ai pas vu Millions. Ce que j'aime chez lui, c'est sa propension à donner une vision décalée d'un sujet parfois très rebattu, mais aussi le dynamisme dans la façon de filmer. 28 jours plus tard, à ce titre, est une grosse claque, croyez-moi.

Slumdog Millionaire est l'histoire de Jamal Malik, un Dalit vivant dans la région de Mumbai (Bombay), qui un jour se retrouve sous les feux des projecteurs grâce à son parcours sans faute dans la version indienne de l'émission Qui veut gagner des millions ? Pour un hors-caste comme lui, il est impensable de se retrouver là, et à la veille de revenir pour gagner le jackpot, il est soumis à la question par les forces de police, qui le suspectent d'avoir triché... Jamal livre alors son histoire, de son origine débrouillarde dans les bidonvilles de la région de Bombay à son arrivée sur les plateaux télé, une histoire rythmée par un amour perdu...
Derrière ce pitch anodin se cache une histoire fantastique, adaptée du roman de Vikas Swarup. Au fil de sa confession Jamal dévoile des moments clés de sa vie, des moments qui ont permis de connaître les réponses à chacune des questions qui lui sont posées dans le jeu, et d’atteindre le niveau ultime lui permettant de gagner 20 millions de roupies (environ 3 millions d’euros en valeur actuelle).

 

Au même titre que l’argent n’a pas d’importance pour lui, le jeu n’est en fait qu’un prétexte pour le romancier, et ses adaptateurs pour l’écran, afin de nous montrer l’Inde d’aujourd’hui. Un pays où l’extrême misère peut côtoyer les parrains mafieux multimillionnaires, où des enfants sont obligés de brasser de la merde (littéralement !) pour essayer d’améliorer leur ordinaire, où des gens meurent dans la rue, et dont les cendres sont réutilisées à des fins pharmaceutiques en occident (cette partie n’étant pas montrée dans le film), un pays où on peut vivre des années sur un train… Un pays incroyable, déroutant, coloré, déjanté, où tout est possible… Slumdog Millionaire est d’abord une carte postale à la fois provocatrice d’émerveillement, mais aussi de réflexion sur ce pays grand comme un continent, peuplé d’un milliard d’hommes. Le cœur du récit est toutefois l’histoire d’amour entre Jamal et Latika, comme lui échappée du bidonville et promise à une carrière de prostituée de luxe… Nous voyons Jamal et son frère Salim évoluer à travers trois âges de leur vie : enfants, adolescents et adultes. Les enfants sont proprement prodigieux. On lit à la fois l’innocence et une immense intelligence sur leurs visages, dans leurs attitudes ; ils sont aussi els mieux servis par le réalisateur, dans des scènes d’action échevelées qui rappellent 28 jours plus tard, par exemple. Bien sûr la production a engagé des acteurs indiens (et non pas des Anglais ou des Américains d’origine indienne), et qui plus est des stars, pour jouer dans ce film-symbole. Le film leur a aussi servi de tremplin vers d’autres cieux et une possible gloire durable. Dev Patel est la vedette de la série Skins, et va jouer dans le prochain film de M. Night Shyamalan ; Freida Pinto, l’absolument ravissante fiancée jamais là du héros, est une inconnue ou presque, et sera dans le prochain Woody Allen ; Anil Kapoor, très connu en Inde, joue actuellement dans la série la plus connue au monde, 24. Et ainsi de suite… L’équipe de tournage réunie par la production est presque entièrement composée de techniciens indiens. Rappelons que le cinéma est une industrie très florissante en Inde.

 

Le roman original se présente comme un recueil de douze nouvelles, sans véritable fil narratif entre elles. Simon Beaufoy, le scénariste, a donc du élaguer une partie des éléments, et en rajouter d’autres afin de donner une cohérence, et surtout une vie à l’écran pour ces personnages littéraires. Avec Slumdog Millionnaire, Danny Boyle revient à l'un de ses thèmes de prédilection : l'argent et ses conséquences. Il y avait déjà consacré quatre films (la trilogie Petits meurtres entre amis / Trainspotting / Une vie moins ordinaire, et Millions au titre évocateur).

 

Slumdog Millionaire est un film formidable, une invitation au voyage en Inde, une histoire d’amour toute simple mais irrésistible, un exercice de style tout à fait intéressant et maîtrisé. Un grand film, tout simplement. A noter dans le générique de fin, une séquence typiquement indienne, avec un gros succès musical interprété par les héros du film.





 Spooky.

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Stéph 14/10/2009 19:45


J'ai un peu le même réflexe que toi avec ce film, je ne l'ai toujours pas vu de peur d'être déçu du rapport battage médiatique / qualité réelle du film...
Sinon j'ai vu la saison 1 de Skins (je recommande d'ailleurs) bien avant d'entendre parler de Slumdog Millionnaire, je n'ai pas vérifié les dates de sorties mais j'ai l'impression que Skins est
antérieure au film. Petite précision, Dev Patel n'en est pas la star, c'est un des lycéens de la bande de potes de Skins mais est un peu en second plan par rapport à d'autres personnages (c'est
encore plus flagrant dans la saison 2). Et je me pose une question également : es-tu bien sûr que Dev Patel est Indien, je le croyais Brittanique d'origine indienne ? (mais j'ai la grosse flemme de
vérifier ! ;)  )


Spooky 13/10/2009 11:32


Elle a beaucoup aimé aussi. :)


pierig 13/10/2009 10:57


Bon, je note "à voir d'urgence". Et Spookynette, elle en a pensé quoi? :)