Station Rome

Publié le par Spooky

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Les heures s'égrènent, la musique s'envole et emplit l'air, les portes des rames se ferment sur les impatients, les nerveux et favorisés de la vie et, lui, comme tant d'autres malheureux, reste là sur son banc, glissant lentement vers l'oubli.

Rejeté par la société, rongé par la haine des autres et de lui-même, il erre, luttant contre le froid mordant et cruel de la nuit pour sombrer encore un peu plus le jour quand nous le croisons en baissant les yeux.

Mendier, survivre, se battre et boire pour oublier.

Et il y a cette femme, souvenirs et visions, intimement liée à la musique, toujours cette musique qui l'accompagne à chaque instant. A une époque il était promis à un brillant avenir, les notes rythmaient ses journées, jalonnaient sa vie, leurs vies... Hélas elles causeront aussi sa perte.

Ecrire sur les sujets si délicats de la mendicité et du rejet de soi était complexe mais Vincent Pieri s'en sort admirablement, sans voyeurisme ni grossièreté gratuite. Certes ça n'en demeure pas moins cru, brutal voire parfois nauséabond mais la grande force de ce roman est de, justement, captiver par sa noirceur repoussante tout en appuyant là où ça fait mal. En effet qui n'a pas déjà été confronté au moins une fois, quelques secondes généralement, gênantes et vite oubliées, à ces gens de l'ombre, reflets tristes mais réels de notre vie si précieuse et pourtant souvent ridicule ?

Des mots qui accusent, un texte lourd de sens qui fait réfléchir, un morceau d'humanité en soi.

 

Gaël de Brest

Publié dans Livres

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